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29 août 2009
Qui mieux que mon Aline, ma sœur de cœur de là-haut, pourrait «dire» Uchentein ? Un jour que J. R. et moi redescendions vers notre infâme Zone et que mon cœur était bien lourd de peine à l’idée de quitter cette vallée du Biros que nous avons fait notre, elle me fit cadeau, pour me consoler, de deux poèmes qu’elle avait écrits à quelques années d’intervalle. Je me souviens, elle était toute rose d’émotion, un peu gênée en pensant que je pouvais les juger enfantins.
Mais qui serais-je donc si je dénigrais ce geste si touchant, cette offrande tellement spontanée ? Et puis, lorsque l’on écrit avec amour ce qui nous enchante il ne saurait y avoir de maladresse et encore moins de sujets à moquerie mais bel et bien de la beauté.
Il doit faire deux ans maintenant que ces poèmes attendaient dans leur enveloppe, sur mon bureau, le moment propice pour s’évader de leur écrin de papier. Et en les ressortant c’est tout un flot d’émotion, d’images et de sons qui m’a étreint très fort me comblant d’un bonheur simple mais ô combien intense.
« 1987
Les quatre saisons à Uchentein
Les quatre saisons embellies
Chantent dans ce paradis
Où Euterpe nous ravit
D’une douce mélodie
Vivaldi avec art et magie
Nous fait jouir comme lui
Des belles couleurs de la vie.
Aujourd’hui je me réjouis
D’offrir mes clichés favoris
Dans ces images de rêverie
Où se reflètent les harmonies
D’un arc-en-ciel épanoui.
Uchentein, village de féerie
Lieu sacré pour les poésies
J’aimerai vivre dans ton nid
Où le soleil est ton ami.
Si j’étais peintre averti
J’exposerais aux galeries
Ces somptueux coloris
Qui jamais ne seront flétris.
1993
Légende d’Uchentein
Si vous avez du chagrin
Et le moral loin d’être serein
Prenez donc le beau chemin
Qui mène jusqu’à Uchentein.
Soyez très tôt le matin
Dans la brume sentant le foin.
Près de la source au sol câlin
Trois charmants petits lutins
Tout en sifflant leurs gais refrains
Avec joie prennent leur bain
Entourés de mousse et de lupins.
Vous reviendrez le cœur entrain
Pensant à demain matin
Ou vous reviendrez admirer ces taquins
Jouant sous l’aérien jet cristallin
De la source d’Uchentein.
Restez discrets et soyez malins
Cachés derrière les sapins
Car s’ils vous découvrent un brin
Nos fétiches chérubins
Sur un ruban de satin
S’envoleront vers un autre destin. »
Oui, c’est bien tout cela Uchentein : une force surnaturelle qui vous envole, vous envoûte au point de vous faire oublier tout ce qui n’est pas lui. Un monde hors du monde, une autre dimension qui vous entraîne dans le possible de l’impossible, quelque chose qui vous dépasse, que vous n’appréhendez pas tout à fait, que vous entrevoyez juste mais que vous acceptez sans demi-mesure car vous sentez le bonheur proche, la sublimation d’un instant… et son intemporalité, une sérénité ineffable. Il y a des attentes toujours gratifiantes à qui sait se mettre en symbiose absolue avec le réel et la liberté de rêver. Il n’y a plus d’antagonisme… plus de contraire… seulement l’Evasion qu’il est impossible de quantifier, de limiter à des œillères et c’est tant mieux, tant il est harassant d’Etre dans un univers quotidien que vous ne comprenez plus, qui vous échappe et qui, quelque part, vous détruit doucement.
Alors oui, la magie d’un lieu qui vous est étranger mais que pourtant vous vous appropriez le temps d’un trop court séjour car, quelque part, il vous restitue votre Identité, vos Racines, toutes ces valeurs que la société d’aujourd’hui s’acharne férocement à vous éloigner. En-bas, ce n’est pas moi, Occitalie, riche du passé de mes aïeuls tant chéris au travers des souvenirs de mon Père et de ma Mère, ce n’est pas Occitalie la Rebelle accrochée à l’Histoire de son fief qu’elle ne retrouve plus que dans cette Ariège si noble et fière du terreau d’un Hier qui ne se renie pas. Je ne retrouve ma Terre que là-bas, altière et vierge de toute servitude.
Et, avec Uchentein, c’est toute la vallée du Biros qui vous enivre et vous charme telle une nymphe sensuelle échappée de la tutelle de Zeus afin d’offrir, aux simples mortels que nous sommes, la jouissance de la Grandiose Nature. Elle vous courtise, vous agace les sens, vous transforme en une petite chose fébrile, un fétu de paille à la merci de son bon vouloir. Et vous acceptez cette domination qui n’est plus domination mais pleine communion.
C’est un peu comme si ce val aux profondes dépressions, aux sommets hauts et déchiquetés, aux rocs puissants d’une force surhumaine racontait la naissance de la Terre avec ses heurts gigantesques, son fracas assourdissant, son atmosphère sentant le soufre et le fer. Une femme enfantant le sol fertile de l’à venir dans le sang et les cris.
Et puis, au milieu de tout ce chaos dantesque… un oasis, un havre salutaire et bienfaisant pour le vagabond en quête de sérénité ou la sentinelle fatiguée qui pense être à bout de tout ce qu’elle peut donner tant on lui en a demandé.
Ici, tout invite à l’approche de l’Autre, à l’élargissement d’un cercle autour d’un feu même rudimentaire.
Les autochtones peuvent paraître revêches mais ce n’est que sentiment volatile si l’on se donne la peine de frapper aux portes en douceur, sans brusquer ni heurter et si l’on sait attendre que s’entrebâille la Fenêtre de la Confiance s’ouvrant sur l’offrande de soi. Nous ne sommes plus alors dans l’incompréhension mais dans la communion.
Et, quelles que soient les routes que l’on sillonne afin de s’immerger dans cette contrée si Grande de générosité, tout nous rappelle cette communion ; des hameaux jusqu’aux bourgs, des lieux-dits jusqu’aux villages les maisons s’accolent, se soutiennent comme pour mieux protéger les occupants des lieux, leur tenir davantage chaud l’hiver et les réunir sur le pas des portes lorsqu’arrive enfin l’été. Et pour conforter plus encore ce sentiment d’union il n’est que d’égrainer la litanie des villages traversés dans ce Haut Couserans si précieux à mon cœur : Irrazein, Arien, Aucazein, Audressein, Augirein, Sentein, Salsein… Ne riment-ils pas avec Lien ? !
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