Samedi 17 octobre 2009 6 17 /10 /Oct /2009 08:01

25 août 2009




 

Il a plu ce soir et l’orage a laissé traîner derrière lui un épais voile de brume qui, assurément, s’étirera en gigantesques tentacules sur toute la journée de demain.

 

Heureusement, hier, Sylvain a réussi à finir le foin du champ des Castilloux et à le mettre en meules.  Nous l’avons vu œuvrer du matin au soir durant deux jours dans un incessant va-et-vient ; il ramenait les andains du Pré d’en Haut accompagné de son fidèle Cap’taine.

 

Je ne me lassais pas de les regarder, le maître et le chien en étroite communion. Le maître accomplissant cette tâche ancestrale et le chien constamment à ses côtés comme si son travail à lui consistait à veiller sur l’homme qui l’avait recueilli alors que, tout jeune chien, il avait été lâchement abandonné sur le bord d’une route.

 

Mon esprit vagabondait à les voir ainsi s’agiter sans relâche. Je repensais à mon Père lorsqu’il nous faisait le récit de ces travaux saisonniers que lui aussi avait accompli des décennies durant. Le même labeur mais pourtant si différent et qui paraît aujourd’hui tellement aisé à réaliser dans la mesure ou tout est mécanisé. Toutefois, si le progrès allège la peine de l’homme, il l’éloigne aussi de son prochain. De nos jours, il besogne seul avec sa machine là où jadis il fallait un « bataillon » d’hommes, de femmes et souvent d’enfants pour venir à bout du fauchage,  du ramassage et de la mise en botte de la précieuse nourriture qui assure la subsistance des troupeaux en hiver. Et toute cette horde travaillait sans trêve du lever du jour à son coucher, harassée de chaleur, couverte d’une poussière qui piquait les yeux et agaçait la peau. Pourtant, malgré cela, malgré la fatigue qui tiraillait les bras, le dos, les jambes, elle partageait des moments forts de complicité, presque de liesse. Les farces bonhommes, les plaisanteries grasses, les chansons rythmaient la journée. C’était également l’occasion d’échanger des nouvelles sur les uns et les autres, de parler des dernières naissances, des récents mariages et de ceux qui étaient partis pour toujours.

 

La nuit venue, toute la troupe se retrouvait attablée sur l’aire de battage pour des agapes pantagruéliques qui finissaient par donner à cette journée bien remplie les allures d’une fête  ou toutes les courbatures, les petites blessures pouvaient enfin s’oublier.

 

… Sylvain a fini le foin… seul tout le jour avec ses pensées aux commandes de son tracteur. N’est-il pas triste le sort de l’homme que l’on a voulu à tout prix individualiser au point de l’amener jusqu’à cette solitude pesante ?

 

… Ce soir il a plu. Et, si j’aime lorsque le soleil ruisselle de toutes ses forces vives sur les montagnes, je prise fort également lorsque le ciel se fait rageur et que pour nous le faire savoir il nous délègue ses foudres aveuglantes et ses coups de semonce qui résonnent durs contre les flancs escarpés. Cela claque et craque et gronde comme au premier jour du monde. Les carreaux des fenêtres tremblent et les poutres du grenier gémissent, les portes battent un peu sous ces assauts brusques. Bizarrement, toutes ces ondes de choc ne résonnent pas en moi comme un raffut insupportable, comme quelque chose à craindre dont il faut absolument se protéger. Paradoxalement, elles me rendent sereine. Il en est de la montagne comme des déserts, elle aussi apporte son content de mirages.

 

… Et l’orage s’éloigne, tout cesse presque brutalement comme si, soudain, un chef d’orchestre divin avait élevé sa baguette pour l’abaisser vivement faisant s’immobiliser les musiciens dans des postures étranges. Le silence reprend ses droits, nous laissant presque pantelants, un peu hébétés ainsi que les rescapés d’une catastrophe.

 

Quelques minutes encore et ne restent plus alors que les empreintes adoucies de cette fureur dantesque. Le cœur reprend son rythme calme après avoir joué du tambour, les chiens retournent dans leur panier et s’endorment pesamment. La maison n’est plus ce navire prisonnier des éléments furieux mais ce refuge sûr au milieu des montagnes.

 

A nouveau nous pouvons distinguer à travers la brume qui s’élève de la vallée quelques fenêtres éclairées encore dans le bourg, comme un regard rassurant. Le toit pleure toujours mais plus d’un lourd chagrin et sur les vitres s’acheminent lentement les dernières larmes. Les arbres alourdis recommencent à frémir et s’ébrouent doucement sous le souffle léger d’un Eole revenu à plus de raison. Du Castilloux s’exhalent par instant des effluves d’herbe coupée et la senteur puissante, lourde et riche de la terre.

 

Et au cœur de la nuit, un vol discret ramène dans les frondaisons mon amie la chouette qui ne tarde pas à lancer ses ululements, appelant à l’envie un compagnon éphémère qui ne semblait attendre que cette invite tant il met d’empressement à apporter sa réponse.

 

Je peux aller dormir maintenant, ici au moins, la paix est sur le monde et je me sens en « rassurance ».

Par Occitalie - Communauté : A fleur de peau
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Commentaires

tu me manques....
Commentaire n°1 posté par cicirena le 18/10/2009 à 22h48
Pardon mais j'étais si mal. Ce n'est toujours pas trop le top mais je me rends compte que   m'enfermer dans ma bulle n'est pas vraiment la meilleure des solutions. Il faut que j'en sorte. Tu m'as aussi beaucoup manqué ma Cicou... je reviens.
Réponse de Occitalie le 19/10/2009 à 07h44
Ton récit me ramène des années en arrière à la ferme, chez mes grands-parents........
Je ne dis rien de plus, tu sais ce que je pense de ton écriture et j'ai envie de te tordre le cou....... sérieux !
Commentaire n°2 posté par Cath le 09/01/2010 à 17h27
Heu... ne serre pas trop fort quand même hein ?! Je tembrasse très tout doux, toi qui me garde ta confiance indéfectible depuis tant et tant d'années. Ton soutien m'est cher, tu ne peux pas savoir, même si parfois tu me bouscules. Mais peut-être est-ce de cela dont j'ai besoin ? Paresse et manque de confiance, quel cocktail !
Commentaire n°3 posté par Occitalie le 15/01/2010 à 23h35

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