Samedi 16 mai 2009 6 16 /05 /Mai /2009 11:53



Quand la vie bascule, jamais elle ne choisit la pleine lumière. Elle attend tapie, traîtresse que l’âme se retrouve démunie, que l’être soit confronté à un face à face cruel entre lui et lui.

 

Et quelle meilleure heure que celle ou la nuit ne veut pas mourir encore et ou le jour hésite à revenir au monde ? Ces moments terribles si mal nommées les petites heures ont eu raison de toi, tu es parti… tu as choisi.

 

Dans ma mémoire les souvenirs se bousculent et les questionnements sont si douloureux. Tu avais vingt huit ans et depuis l’âge de deux ans, tu avais suivi notre chemin. Nous t’avons vu grandir, passer d’une enfance choyée à une adolescence remplie de forces vives, un peu rebelle, un peu déjantée mais si pleine de gentillesse aussi et d’amour qu’il fallait deviner toujours au travers de tes gestes, de tes regards. Nous t’avons côtoyé, aimé dans ton existence neuve d’homme… qui ne prendra plus la griffure du temps.

 

Tu étais vif, si plein d’énergie. Tu t’adonnais avec succès à de nombreux sports, partout on te remarquait pour tes qualités sur les terrains ou sur les murs à gauche.

 

Boute en train, tu aimais tes amis, la fête jusqu’au bout de la nuit, le rire qui éclate. La vie devait pétiller, ne jamais s’immobiliser, ne jamais se faire silence. Avais-tu peur déjà ? Est-ce une crainte irraisonnée du vide, de la routine qui t’a, au bout du compte, attiré dans les rets de l’alcool ? Tes rires sonnaient trop fort, trop haut, cachaient-ils déjà la désespérance, une souffrance intérieure que nul n’a su voir ?

 

Un jour vint et c’était déjà trop tard. Enferré dans le piège de la boisson d’oubli, tu n’as pu revenir en arrière, faire ce pas, cet unique pas qui t’aurait sauvé du gouffre. La dérive a pris des années, le mal s’est installé insidieusement mais sûrement. Tu ne savais pas dire ou peut-être ne le désirais-tu pas tant ta famille vivait de sombres moments. Petit à petit, pour tous, ta compagne, tes parents, tes sœurs et tes amis, tu es devenue une impuissance, quelqu’un que l’on ne pouvait plus aider tant l’épuisement avait gagné tous ceux qui t’aimaient et t’entouraient.

 

Je ne te jugerai jamais, je te comprends tellement, tant je suis ta compagne en autodestruction. Se détruire pour ne plus subir, pour ne plus vouloir. Se détruire pour oublier les barreaux, les ailes brisées, les mauvais choix. Se détruire car le silence, se détruire car la souffrance inexprimable.

 

En moi, aujourd’hui, se sont simplement imprimées des images qui font mal, celles des derniers instants ou, dans ce jour qui ne voulait pas encore naître, tu as été seul face à toi-même, errant de la chambre au salon et du salon à la chambre, la douleur physique taraudant ton corps et grignotant ton âme.

 

Je te vois ouvrant la porte d’entrée, fixant dans le jardin le cerisier qui semble t’appeler. Je te vois ignorer cet appel, reculer. Puis y répondre encore et revenir en arrière. Jusqu’à cette ultime seconde ou plus aucun retour n’a été possible, ou tu t’es dit « non, c’est fini ! » et ou tu as accompli ce geste, Le Geste.

 

Je voudrais tant ne plus penser, ne plus être confrontée, à cause de cette fichue empathie, à ces scènes qui me hantent si fort. Mais pour cela, il faudrait que je ne t’aie pas aimé, que je ne t’aime pas… et je t’aime !

 

Adieu Eric, tu as vécu comme une flamme et comme tu le désirais tu es parti ainsi. Et pareil à la brume légère, maintenant tu danses et virevoltes dans l’air et tu nous entoures de tes voiles légers… tu es libre et libéré.

 

 

 

 

Par Occitalie
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