Samedi 17 janvier 2009 6 17 /01 /Jan /2009 21:28


Je n'aime décidément pas les pages blanches. Comme elles ressemblent trop à une vie qui ne se déroule plus, une vacuité, une montagne stérile soudain, un sentier qui ne mène nulle part.

Et ce silence soudain, pareil à un aveu morose : je n'ai plus rien à dire, envie de me fondre dans les gouttes de pluie, dans les voiles diaphanes du brouillard.

Et pourtant dans ma tête ça cogne, ça s'agite et grogne. Ca bruit, mais c'est mélancolie. Pensées disparates, touches blanches et noires sur un piano déglingué que l'on effleure des doigts et qui ne rendent que des notes discordantes qui font grincer des dents. Des souvenirs, des voix qui remontent du passé, des blessures et des cassures... envie de dire mais peur de dire pour ne pas révéler la faille qui ressemble à un puits profond, à un cimetière aux croix oubliées. Envie de dire mais pas envie d'avouer le désarroi qui m'habite, me hante. Perdue loin.

Obligée de prendre le dictionnaire pour le mot "désarroi", un trou de mémoire... contrainte de faire des efforts considérables pour trouver ce fichu terme dans les colonnes. Les lettres ont  tendance à se dérober à mes yeux, à vouloir garder un flou que j'ai du mal à qualifier d'artistique. Mes lunettes sur mon nez, je ressemble malgré tout à une taupe aveugle. Difficile de savoir si je fais des fautes d'orthographe, de corriger. Prévoir une visite chez l'ophtalmologue. Mince, déjà encore ? !

Mince, oui, ça coince quelque part et cela me fiche en boule. Je ne suis pas le chaton compagnon peletonné sur son fauteuil de prédilection. Non, je suis le hérisson qui tente de cacher son  museau fragile au milieu de ses piquants.

Mais je ne pleure pas, non, je dérive. Barbare, le vent se refuse ce soir à gonfler mes voiles sur l'océan, je suis en berne. Attente.

Si amoureuse du silence au fleuve des jours, ce soir je le hais. Je voudrais un mot, une parole, un geste. Quelque chose de concret à quoi répondre. Un bruit, un son... un ciel pur d'Italie, une odeur amicale à quoi me raccrocher !

Oh bien sûr, il y a le martélement de mes doigts sur le clavier... sporadiquement. Et de longs blancs. Ah, ils sont terribles ces blancs, ils aboient ! Encore un arrêt sur clavier... encore un blanc. La magie des mots se dérobent. Il y a les effluves de ma cigarette qui se consume dans le cendrier et le plafond bas de mon bureau. Horizon que les ciseaux  ont sculptés.  Le temps s'étire et pèse comme une chappe.

... Mais tiens... Dehors mon chien aboie. Et à côté de moi le petit chiot nouvellement arrivé dresse la tête et les oreilles et me regarde. Une voiture passe, sono à fond. J'appelle mon chien et je caresse la tête du chiot. A présent Shéba et Django sont couchés à mes pieds, si prêts que, pour ne pas déranger ce moment de quiétude soudaine, je m'obige à l'immobilité. Ils ne dorment pas, pas encore. Ils m'observent. Semblent m'adresser un message de leurs yeux si expressifs et doux. Il y a de l'amour dans cet échange. Et j'entends mon Amour descendre l'escalier et ses pas qui viennent vers moi.

Tout bruit à nouveau. Et le vent se lève et les arbres se secouent, heureux d'aérer leurs branches nues pour mieux accueillir les bourgeons futurs. Les volets sont fermés sur la nuit, la sérénité fait son lit au chant de mes tourterelles dans la volière.

Le sale quart d'heure s'est enfui. J'ai dans le coeur "l'à venir".

Demain va venir et avec lui la force d'un jour nouveau... laissons-lui le temps de faire sa place.
Par Occitalie - Communauté : A fleur de peau
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Dimanche 23 novembre 2008 7 23 /11 /Nov /2008 11:56

"C'est une maison bleue, accrochée à la montagne..."

Maxime, il est lointain si lointain le temps ou tu as écrit ces paroles et que tu les as mises en musique. J'étais sur les bancs du lycée, chères années de l'insouciance. Cela fait du temps qui a coulé dans le sablier, là, Maxime. Je me rappelle encore (les souvenirs sont tenaces), avec les copains nous nous retrouvions chez les uns, chez les autres... bougies, encens, clopes et parfois un petit joint, au hasard des fortunes. Jeans, tuniques et robes indiennes. Patchouli. Jusqu'au petit matin nous refaisions le monde. C'était six, sept ans après Mai 68 mais nous étions tous imprégnés de cette philosophie : "faites l'amour, pas la guerre... peace and love". Nous rêvions des chemins de Katmandou que nous avez ouverts nos aînés. C'était toi, le Grand Maxime et puis Moustaki et Barbara et Greame Alwright et Brel et combien d'autres encore qui accompagniez nos délires. Ce qui ne nous empêchait nullement de bachoter. La tête dans les nuages, nous construisions notre avenir. Nous étions heureux ! Une génération sans violence et pure encore, une époque révolue.

Mais trêve de nostalgie Maxime... revenons à la maison bleue. Elle m'a fait rêver ta maison, si tu savais. Je m'y voyais quand tu la chantais... vraiment. J'y vivais et la vie s'y déroulait, sereine et douce. Longtemps elle m'a hantée mais comme un endroit magique, inaccessible.

A croire que pour tout le monde il existe une bonne fée, un magicien. Parce que, des années plus tard, bien des années plus tard, la petite maison bleue allait croiser ma route. Grâce à Mariette et Thierry mes amis, frère et soeur de coeur que je me suis choisis.

Mariette et Thierry possèdent une maison dans mes si chères Pyrénées. Un jour ils nous y ont invités et ce fut le véritable coup de foudre, un amour immédiat et inconditionnel.

Et depuis, j'attends toujours avec beaucoup d'impatience que vienne le moment de m'y retrouver, car je m'y retrouve. Elle a en elle, de moi, l'enfant d'autrefois, l'adolescente d'hier et la femme d'aujourd'hui. Le rêve devenu un Possible, un endroit où tout se réconcilie de ce que je suis.

La maison bleue, la mienne, est à l'image de la tienne Maxime, sans prétention mais accueillante, mais aimante. La clé n'a pas été jetée mais elle ne sert jamais quand nous sommes là-haut. Nous oublions la serrure tant l'endroit est sûr et retiré du monde. Six kilomètres d'un chemin forestier la séparent du premier village qui lui-même est si paisible. Nichée contre un rocher, elle m'attend, hospitalière et amicale, solide comme la Mère.

Son banc sous une fenêtre t'invite à un repos contemplatif : les arbres, les montagnes, les fleurs. les animaux aussi : les poules et leur coq, le cochon chinois si drôle, les chats et les moutons, les canards qui arrivent cahin-caha de ches nos voisins les bergers. Le rosier grimpant, montant à l'assaut du vieux mur pour atteindre le balcon de bois, te fait don de ses couleurs surannées et de son parfum subtil. Le soir, le même banc t'accueille pour afin que tu contemples le ciel profond, embrasé de millions d'étoiles et pour que tu écoutes le hululement des chouettes qui s'interpellent amoureusement.

Tout ici t'appelle vers le passé : la marche de pierre usée en son milieu par des millers de pas, l'antique parquet aux lames qui chantent, l'escalier de guingois et sa rampe patinée par les ans, les murs chaulés ou lambrissés.

Une odeur de cire d'abeille et de feu de bois imprégne l'atmosphère de douces fragrances. Et les chauds reflets d'un vase de cuivre cabossé d'avoir trop servi, embelli par un bouquet de fleurs sauvages, te disent qu'ici tu es toujours reçu en ami.

Magique "ma maison" avec son immense cheminée, ses livres à profusion. Magique "ma maison" et ses trésors hétéroclites : des flèches indiennes, un tamis d'orpailleur, des lampes tempête d'un autre âge... et un narguilé, une petite vitrine qui expose un gros insecte venu d'une contrée lointaine. Et des cailloux, des éclats de roches. Et... un véritable inventaire à la Prévert !

Magique "ma maison" et ses mystères. Le soir, à la veillée (ici point de télévision), des histoires se racontent au coin du feu, rapportées par mes amis. Elles sont reprises, embellies ou au contraire enténébrées par les conteurs présents. Et moi j'y ai mes propres fantômes, Marie et Adrien. Ces deux là n'appartiennent qu'à moi. Ils ne me veulent aucun mal, se contentent de m'envoyer des images de leur vie d'autrefois.

Allez Maxime, merci encore pour ta maison bleue. Je ferme la porte d'hier. Parfois, les souvenirs, lorsqu'ils reviennent trop en force, appellent les larmes.

Merci Mariette et Thierry pour tout et pour rien, pour exister tout simplement et m'avoir ouvert votre coeur. "Vous êtes de ma famille, de mon ordre et de mon rang, celle que j'ai choisie, celle que je ressens dans cette armée de simples gens."

Texte écrit le 6 août 2004 et que je dédie à Djila et à sa mansarde bleue. 

Par Occitalie - Communauté : A fleur de peau
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Vendredi 21 novembre 2008 5 21 /11 /Nov /2008 19:26

Dis-moi, toi l'Ecrivain, que ressens-tu au contact de ta plume ? Toi qui est celui qui sait dire sans que rien ne tremble, sans que rien n'hésite ni ne regimbe... toi qui détiens les Clefs du Royaume de l'Ecriture.

Ces clefs,  je les vois qui éclairent le fond de ton âme, qui font de ton aura un arc en ciel où l'on voudrait se perdre. Comme je voudrais pouvoir te les dérober et enfin concrétiser ce rêve fou qui m'habite de devenir, tout comme toi, un  Magicien des Mots, un sorcier qui fait vibrer !

Dis-moi, toi l'Ecrivain, ne voudrais-tu pas me confier ton sésame ? Pour pouvoir aller toujours plus loin, pour pouvoir aller toujours plus haut. Je ne veux plus être hantée par la peur glauque du Néant des émotions.

Un jour sans mots qui cognent dans le coeur pour moi est jour perdu... n'est même pas jour.

L'Ecriture était plaisir, elle devient obsession et souffrance ineffable, une mise au monde aux forceps. J'ai envie d'égratigner, de déchirer et de meurtrir. Moi et non les Autres. Me flageller pour "faire avancer la bête". L'impuissance rend fou. Mon miroir ne renvoie rien. Si je ne sais plus écrire, au clair de ma plume, si les mots ne m’habitent plus, devenant secrets, qui repoussera l’ombre qui gagne ?

Folie !

Folie ? Non, ce n’est pas ainsi que je définirais ce malaise qui pourtant frise la rupture. L’Ecriture est libération. A travers elle je veux pouvoir exprimer ce que je suis : mouvance et bruit, chant ou cri…. couleur et douceur ou silence et repli. En moi ce besoin impérieux de partager qui je suis parce qu’au fond de moi je redoute d’être si peu qu’un jour je ne sois plus. Envie de laisser des traces indélébiles, des empreintes pour, toujours, retrouver le chemin qui mène jusqu’à moi. Se perdre est si facile.

Je ne suis pas narcissique, dans mon âme je n’ai pas de nombril et s’il en est un sur mon corps je ne l’ai pas choisi. En moi, en plus de l’amour inconditionnel que je porte aux miens et que j’essaie de donner à l’Autre il y a aussi l’Ecriture… et cette part de rêve toujours, qui fait de moi que j’existe encore malgré les déchirures. Et cette envie, ce besoin de dire, pas seulement moi, mais tout.

Ecrire parce que ce feu me ronge, qu’il fait partie intégrante de moi et que l’ignorer serait me raturer.

L’Ecrivain, prête-moi tes clefs et j’en ferai bon usage. Dans ton trousseau je ne prendrai que la plus petite, la moins jolie, la plus usée pour en faire un monde à ma mesure aussi peu grand soit-il aux regards des jugeurs…  et je te la rendrai, je le jure.

Allez, toi l’Ecrivain, pour ce soir je me retire sur la pointe des pieds et pardon si je t’ai dérangé. Je me sens humble, tes idées sont si grandes que je les entends ricocher sur les murs de ta tour. L’inspiration est fille indocile, pur-sang sauvage. Le Silence est de mise lorsque la Muse vient te visiter.

A bientôt, toi l’Ecrivain, je te retrouverai en filigrane à travers tous ces livres que j’ai lus et tous ces milliers de livres qu’il me reste à découvrir encore.

JE TE SALUE !
Par Occitalie - Communauté : A fleur de peau
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Lundi 17 novembre 2008 1 17 /11 /Nov /2008 20:36



Se taire, faire silence... ? C'est souvent dire. Mais qui l'entend ? QUI L'ENTEND ?

Tu marches dans les rues désertées... il pleut sur toi, sur tes épaules rentrées, ton échine courbée, tes jambes chancelantes un peu et tes pas incertains. Sur ta silhouette gommée.

Sur ton visage ruissellent les gouttes, effaçant tes traits, brouillant ta vue obscurcie déjà par l'errance de ton âme. Tu marches... tu es mouillée et comme un écho en moi qui heurte les murs.

Il fait vent ce soir, un vent qui dit sans fureur pourtant , dans ses râfales opinâtres, le silence lourd qui t'habite et ces lambeaux de toi, pareils à une brume gagant sur la montagne. Et c'est plus terrible encore, ce poids sans le vent en folie. Comme tu dois avoir froid dans ton lainage léger à marcher ainsi dans ces ruelles sombre, plus sombres encore de la nuit venue. Toi et le Silence, toi et la pluie qui martèle encore et encore ton corps effacé, tes pas sur le pavé... les pavés comme autant de chemins perdus.

Qui es-tu ? Ton pas, encore ton pas léger qui pourtant heurte la pierre... comme le poids que tu portes doit être déchirant ! On devine un soupçon de traîne-misère dans chacune de tes empreintes laissées au hasard de ta errance, une hésitation dans l'ombre de ta marche qui te mène tu ne sais où... Cela je le sens... comme un écho encore, un choc venu  du passé, d'une autre marche qui souvent m'entraîne au-delà bien au-delà de la nuit.

Se taire, faire silence... ? C'est souvent dire. Mais qui l'entend ? QUI L'ENTEND ?

Les lumières de la ville sont loin, très loin derrière toi et devant toi il n'y a rien d'autre, rien d'autre que ces chemins que tu empruntes sans les voir.

Il pleut toujours, tu ne sens rien, tu ne vois rien... ni d'avant ni encore moins d'au-delà... tu n'entends plus. Et la pluie tombe et la pluie ne cesse de tomber.

Je suis ton ombre... je te ressens. Tu m'emplis toute comme un reflet faussé dans un miroir moucheté, un peu griffé, un peu sépia mais pourtant tellement moi.

Tu marches, tu n'arrêtes pas de marcher... et je te suis et pourtant nous n'avançons pas. Et je ne sais plus qui de toi ou de moi, marche ainsi dans cette nuit que gagne le brouillard.

Se taire, faire silence... ? C'est souvent dire. Mais qui l'entend ? QUI L'ENTEND ?

28 octobre 2008




Par Occitalie - Communauté : A fleur de peau
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Lundi 17 novembre 2008 1 17 /11 /Nov /2008 11:30



De ton regard baissé
Ne fais pas une blessure
Ne fuis pas mon reflet
Dans le miroir cassure
Tu ne vois de moi
Dans ce jeu imposture
Que cette chevelure brouillard
Et ces yeux lassitude

De mon visage à l'ombre du flou
Tu ne retiens que ces infimes empreintes
Des chemins croisés
Un parchemin vieillot
A la trame brouillée
Ses couleurs estompés
La bouche qui s'incurve
A force de morts sourires

De ce corps tari
A force de la faim
A corps et à cris
De la main amante qui l'honora
Faisant de ses courbes douces idôlatrie
Tu ne vois que la voussure
La vile et grise flétrissure
Des formes effacées
L'habit noir qui rature
Aux mille absences données

De ton regard
Regarde moi
Vois dans mon ventre labouré
Il y a encore ton espérance
Le fruit chaud mûri de ma sève et par l'amant donné
Sur lui ma main
Sur toi en moi

De ton regard
Regarde moi
De tes yeux baissés
Ne fais pas une injure
Ne fuis pas mon reflet
Dans le miroir cassure

11/10/08

 

Par Occitalie - Communauté : A fleur de peau
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