Jeudi 12 août 2010 4 12 /08 /Août /2010 10:15

29 août 2009

 

Qui mieux que mon Aline, ma sœur de cœur de là-haut, pourrait «dire» Uchentein ? Un jour que J. R. et moi redescendions vers notre infâme Zone et que mon cœur était bien lourd de peine à l’idée de quitter cette vallée du Biros que nous avons fait notre, elle me fit cadeau, pour me consoler,  de deux poèmes qu’elle avait écrits à quelques années d’intervalle. Je me souviens, elle était toute rose d’émotion, un peu gênée en pensant que je pouvais les juger enfantins.

 

Mais qui serais-je donc si je dénigrais ce geste si touchant, cette offrande tellement  spontanée ? Et puis, lorsque l’on écrit avec amour ce qui nous enchante il ne saurait y avoir de maladresse et encore moins de sujets  à moquerie mais bel et bien de la beauté.

 

Il doit faire deux ans maintenant que ces poèmes attendaient dans leur enveloppe, sur mon bureau, le moment propice pour s’évader de leur écrin de papier. Et en les ressortant c’est tout un flot d’émotion, d’images et de sons qui m’a étreint très fort me comblant d’un bonheur simple mais ô combien intense.

 

« 1987

Les quatre saisons à Uchentein

 

Les quatre saisons embellies

Chantent dans ce paradis

Où Euterpe nous ravit

D’une douce mélodie

 

Vivaldi avec art et magie

Nous fait jouir comme lui

Des belles couleurs de la vie.

 

Aujourd’hui je me réjouis

D’offrir mes clichés favoris

Dans ces images de rêverie

Où se reflètent les harmonies

D’un arc-en-ciel épanoui.

 

Uchentein, village de féerie

Lieu sacré pour les poésies

J’aimerai vivre dans ton nid

Où le soleil est ton ami.

 

Si j’étais peintre averti

J’exposerais aux galeries

Ces somptueux coloris

Qui jamais ne seront flétris.

 

1993

Légende d’Uchentein

 

Si vous avez du chagrin

Et le moral loin d’être serein

Prenez donc le beau chemin

Qui mène jusqu’à Uchentein.

 

Soyez très tôt le matin

Dans la brume sentant le foin.

Près de la source au sol câlin

Trois charmants petits lutins

Tout en sifflant leurs gais refrains

Avec joie prennent leur bain

Entourés de mousse et de lupins.

 

Vous reviendrez le cœur entrain

Pensant à demain matin

Ou vous reviendrez admirer ces taquins

Jouant sous l’aérien jet cristallin

De la source d’Uchentein.

 

Restez discrets et soyez malins

Cachés derrière les sapins

Car s’ils vous découvrent un brin

Nos fétiches chérubins

Sur un ruban de satin

S’envoleront vers un autre destin. »

 

Oui, c’est bien tout cela Uchentein : une force surnaturelle qui vous envole, vous envoûte au point de vous faire oublier tout ce qui n’est pas lui. Un monde hors du monde, une autre dimension qui vous entraîne dans le possible de l’impossible, quelque chose qui vous dépasse, que vous n’appréhendez  pas tout à fait, que vous entrevoyez juste  mais que vous acceptez sans demi-mesure car vous sentez le bonheur proche, la sublimation d’un instant… et son intemporalité, une sérénité ineffable. Il y a des attentes toujours gratifiantes à qui sait se mettre en symbiose absolue avec le réel et la liberté de rêver. Il n’y a plus d’antagonisme… plus de contraire… seulement  l’Evasion qu’il est impossible de quantifier, de limiter à des œillères  et c’est tant mieux, tant il est harassant d’Etre dans un univers quotidien que vous ne comprenez  plus, qui vous échappe et qui, quelque part, vous détruit doucement. 

 

Alors oui, la magie d’un lieu qui vous est étranger mais que pourtant vous vous appropriez le temps d’un trop court séjour car, quelque part, il vous restitue votre Identité, vos Racines, toutes ces valeurs que la société d’aujourd’hui s’acharne férocement à vous éloigner. En-bas, ce n’est pas moi, Occitalie, riche du passé de mes aïeuls tant chéris au travers des souvenirs de mon Père et de ma Mère, ce n’est pas Occitalie la Rebelle accrochée à l’Histoire de son fief qu’elle ne retrouve plus que dans cette Ariège si noble et fière du terreau d’un Hier qui ne se renie pas. Je ne retrouve ma Terre que là-bas, altière et vierge de toute servitude.               

 

Et, avec Uchentein, c’est toute la vallée du Biros qui vous enivre et vous charme telle une nymphe sensuelle échappée de la tutelle de Zeus afin d’offrir, aux simples mortels que nous sommes, la jouissance de la Grandiose Nature. Elle vous courtise, vous agace les sens, vous transforme en une  petite chose fébrile, un fétu de paille à la merci de son bon vouloir. Et vous acceptez cette domination qui n’est plus domination mais pleine communion.

 

C’est un peu comme si ce val aux profondes dépressions, aux sommets hauts et déchiquetés, aux rocs puissants d’une force surhumaine racontait la naissance de la Terre avec ses heurts gigantesques, son fracas assourdissant, son atmosphère sentant le soufre et le fer. Une femme enfantant le sol fertile de l’à venir dans le sang et les cris.

 

Et puis, au milieu de tout ce chaos dantesque… un oasis, un havre salutaire et bienfaisant pour le vagabond  en quête de sérénité ou la sentinelle fatiguée qui pense être à bout de tout ce qu’elle peut donner tant on lui en a demandé.

 

Ici, tout invite à l’approche de l’Autre, à l’élargissement d’un cercle autour d’un feu même rudimentaire.

 

Les autochtones peuvent paraître revêches mais ce n’est que sentiment volatile si l’on se donne la peine de frapper aux portes en douceur, sans brusquer ni heurter et si l’on sait attendre que s’entrebâille la Fenêtre de la Confiance s’ouvrant sur l’offrande de soi. Nous ne sommes plus alors dans l’incompréhension mais dans la communion.

 

Et, quelles que soient les routes que l’on sillonne afin de s’immerger dans cette contrée si Grande de générosité, tout nous rappelle cette communion ; des hameaux jusqu’aux bourgs, des lieux-dits jusqu’aux villages les maisons s’accolent, se soutiennent comme pour mieux protéger les occupants des lieux, leur tenir davantage chaud l’hiver et les réunir sur le pas des portes lorsqu’arrive enfin l’été. Et pour conforter plus encore ce sentiment d’union il n’est que d’égrainer la litanie des villages traversés dans ce Haut Couserans si précieux à mon cœur : Irrazein, Arien,  Aucazein, Audressein, Augirein, Sentein, Salsein…   Ne riment-ils pas avec Lien ? ! 

Par Occitalie
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Samedi 17 octobre 2009 6 17 /10 /Oct /2009 10:49

27 août 2009

 

(photo provenant du site 
www.flickr.com/photos/lemeur/3958455456/)

Aujourd’hui, mon Chêne, un an de plus se serait ajouté à tous ceux que tu as vécu et à tous ceux qui t’ont été volés. Pour la première fois depuis que tu es parti, en ce jour qui te vit naître, je suis loin de ta tombe, éloignée de cette nécropole bituminée et stérile ou tu reposes depuis six ans bientôt et qui pèse sur moi comme la plus lourde des pierres.

 

J’échappe au sinistre rituel d’aller, vide d’âme, accompagner ma Mère fleurir cette sépulture où je sais que tu n’es pas malgré ce portrait un peu sépia, ton identité apposée en tristes lettres dorées sur le marbre moucheté… j’échappe à cette longue allée rectiligne où la vie végétale se résume à quelques bouquets desséchés, quelques petits arbrisseaux domestiqués qui font si grise mine dans ces vases qui les emprisonnent.

 

Depuis ce jour funeste ou j’ai refusé de te voir descendre en terre, alors que tout en moi te criait de ne pas t’en aller, je traîne des casseroles, incapable que je suis d’accepter l’irréfutable, de ne plus t’entendre, de ne plus te toucher…  douloureuse de ne plus te voir autrement que comme un révolté qui gratte désespérément son tombeau pour pouvoir en sortir.

 

Rêves noirs, sombres pensées qui toujours oblitèrent tous les merveilleux souvenirs, tous les moments magiques qui ont fait de nous ces merveilleux complices que nous étions.

 

Mais tu vois, cette journée qui marquerait ton quatre vingt troisième anniversaire est hors du temps. Elle ne ressemble en rien à toutes ces journées transformées en années interminables qui ont jalonné mon existence depuis ton départ. Il m’aura fallu tout ce temps, plus de deux mille jours pour connaître enfin cette étrange et belle communion qui ressemble à de l’apaisement.

 

Instant précieux que je m’empresse de ranger tout au-dessus de mon coffre aux trésors pour le retrouver au plus vite lorsque reviendront, à coup sûr, les heures noires.

 

… Ce matin, alors que tout dormait encore, j’ai descendu le chemin qui mène jusqu’au petit cimetière d’Uchentein, portée par je ne sais quelle impulsion étrange et j’ai poussé le petit portail séculaire toujours aussi solide sur ses gonds qui grincent un peu. L’air avait cette douceur, cette légèreté ineffable si particulière à la montagne qui permet à tous les sons de donner toute leur mesure mais sans agression. Le vrombissement d’une abeille, le chant joyeux d’un oiseau solitaire, la petite brise qui passe dans un soupir, le court bêlement d’une brebis que ponctue le tintement d’une clochette, les coups de hache de Pierre fendant du bois pour l’hiver donnent curieusement à ce lieu de repos l’apparence de la vie.

 

J’ai toujours aimé ces petits cimetières d’autrefois, toujours accolés à de charmantes petites églises sans prétention mais qui donnent tellement le sentiment de tendre des bras imaginaires afin d’enlacer tendrement tous ceux qui ont été confiés à leur terre.

 

Celui-ci possède en plus un je ne sais quoi de particulier, quelque chose que je n’ai jamais su nommer. Il m’apaise, oui, depuis la toute première fois que j’y ai pénétré.

 

Sous le soleil encore rasant, je me suis assise sur une pierre, tout à côté d’une tombe oubliée qui ne laisse de trace qu’un monticule un peu estompé où un chat paresseux posait sur moi un regard emplit d’une sagesse ancestrale. Mon esprit courait librement, se remplissant de cette paix quasi surnaturelle, mes pensées errent doucement parmi les antiques croix gravées,  les humbles sépultures. Je laissais venir à moi l’âme de tous ces gisants et, étrangement, cela ne m’attristait nullement, tout au contraire, une indicible sérénité m’enveloppait.

 

Et soudain il y eut comme une approche, quelque chose d’intemporel, un léger frisson, un bien-être. Tu fus en moi pareil à la lumière et je t’ai senti au plus près de moi, si près que c’était comme si tu m’avais entouré les épaules d’une chaude étreinte dans laquelle passait tout cet amour que tu éprouvais pour moi. Ta maladie, le jour ou tu t’en es allé, tout cela n’existait plus, pas plus que le désert qui avait envahi mon âme entre hier et aujourd’hui, cette cassure qui me rendait boiteuse à l’intérieur de moi.

 

… Mon Chêne, tu étais là ! Et enfin les images heureuses se sont libérées de la gangue du chagrin. Pareilles à une vague déferlante elles conquéraient chaque infimes cellules de mon corps et de mon cœur, me transportant vers ce qui ressemblait à de l’allégresse. A mes oreilles le chant puissant de tous les torrents intrépides que tu explorais dans ces Pyrénées dont nous partagions la passion a résonné. J’ai vu l’éclair argenté de ces truites que tu débusquais à travers rocs et cailloux, toi le renommé pêcheur à des lieux à la ronde. J’ai ressenti cette paix que tu disais éprouver lorsque tu remontais les âpres courants.

 

Je t’ai vu sortir ton frugal repas que tu prenais toujours à la va-vite, sur le pouce, assis sur un rocher pour ne rien perdre de ta journée. Je t’ai entendu siffloter de joie au milieu de cette nature dont tu étais profondément épris et que tu m’as appris à aimer et à respecter.

 

Je nous ai revus, toi et moi, lorsque petite fille tu m’amenais avec toi les dimanches après-midi afin que nous partagions au bord d’un lac ou d’une rivière, cannes à la main, ces moments intenses de complicité qui, au fil du temps, tissèrent ces liens indestructibles qui jamais ne nous trahirent et qui nous accompagnèrent jusqu’au bout de ta route.

 

Et où mieux qu’ici, entourée de ces forêts millénaires, aurais-je pu te revoir dans les bois, arpentant les sentes escarpées à la recherche de ces cèpes bruns dissimulés sous les fougères et que seul ton œil exercé savait entrevoir sous un tapis de feuilles mortes ? Tu disais toujours que les forêts avaient cette odeur prégnante des champignons et comme cela était vrai !

 

Tellement et tellement d’images du bonheur partagé que je ne savais plus voir, tant est encore vivace en moi la douleur de ton « partir ».

 

Le clocher soudain a pris vie, lançant à la volée son appel rassembleur, me faisant violemment sursauter tant j’étais partie loin dans mon ailleurs. Toute notion du temps avait été oblitérée et j’ai pris conscience que j’avais passé là quatre heures, assise sur cette pierre à revenir à ta rencontre.

 

Alors je me suis levée et, sur une tombe anonyme, j’ai déposé le petit bouquet de fleurs des champs que j’avais cueillies, habillées de rosée encore en allant vers toi. J’ai refermé le portillon doucement et je suis remontée vers la maison avec cette certitude désormais que tu chemines encore et toujours à mes côtés dans la paix et l’amour.

 

Bon anniversaire Papa, je t’aime.

 

      

 

 

 

 

Par Occitalie
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Samedi 17 octobre 2009 6 17 /10 /Oct /2009 08:01

25 août 2009




 

Il a plu ce soir et l’orage a laissé traîner derrière lui un épais voile de brume qui, assurément, s’étirera en gigantesques tentacules sur toute la journée de demain.

 

Heureusement, hier, Sylvain a réussi à finir le foin du champ des Castilloux et à le mettre en meules.  Nous l’avons vu œuvrer du matin au soir durant deux jours dans un incessant va-et-vient ; il ramenait les andains du Pré d’en Haut accompagné de son fidèle Cap’taine.

 

Je ne me lassais pas de les regarder, le maître et le chien en étroite communion. Le maître accomplissant cette tâche ancestrale et le chien constamment à ses côtés comme si son travail à lui consistait à veiller sur l’homme qui l’avait recueilli alors que, tout jeune chien, il avait été lâchement abandonné sur le bord d’une route.

 

Mon esprit vagabondait à les voir ainsi s’agiter sans relâche. Je repensais à mon Père lorsqu’il nous faisait le récit de ces travaux saisonniers que lui aussi avait accompli des décennies durant. Le même labeur mais pourtant si différent et qui paraît aujourd’hui tellement aisé à réaliser dans la mesure ou tout est mécanisé. Toutefois, si le progrès allège la peine de l’homme, il l’éloigne aussi de son prochain. De nos jours, il besogne seul avec sa machine là où jadis il fallait un « bataillon » d’hommes, de femmes et souvent d’enfants pour venir à bout du fauchage,  du ramassage et de la mise en botte de la précieuse nourriture qui assure la subsistance des troupeaux en hiver. Et toute cette horde travaillait sans trêve du lever du jour à son coucher, harassée de chaleur, couverte d’une poussière qui piquait les yeux et agaçait la peau. Pourtant, malgré cela, malgré la fatigue qui tiraillait les bras, le dos, les jambes, elle partageait des moments forts de complicité, presque de liesse. Les farces bonhommes, les plaisanteries grasses, les chansons rythmaient la journée. C’était également l’occasion d’échanger des nouvelles sur les uns et les autres, de parler des dernières naissances, des récents mariages et de ceux qui étaient partis pour toujours.

 

La nuit venue, toute la troupe se retrouvait attablée sur l’aire de battage pour des agapes pantagruéliques qui finissaient par donner à cette journée bien remplie les allures d’une fête  ou toutes les courbatures, les petites blessures pouvaient enfin s’oublier.

 

… Sylvain a fini le foin… seul tout le jour avec ses pensées aux commandes de son tracteur. N’est-il pas triste le sort de l’homme que l’on a voulu à tout prix individualiser au point de l’amener jusqu’à cette solitude pesante ?

 

… Ce soir il a plu. Et, si j’aime lorsque le soleil ruisselle de toutes ses forces vives sur les montagnes, je prise fort également lorsque le ciel se fait rageur et que pour nous le faire savoir il nous délègue ses foudres aveuglantes et ses coups de semonce qui résonnent durs contre les flancs escarpés. Cela claque et craque et gronde comme au premier jour du monde. Les carreaux des fenêtres tremblent et les poutres du grenier gémissent, les portes battent un peu sous ces assauts brusques. Bizarrement, toutes ces ondes de choc ne résonnent pas en moi comme un raffut insupportable, comme quelque chose à craindre dont il faut absolument se protéger. Paradoxalement, elles me rendent sereine. Il en est de la montagne comme des déserts, elle aussi apporte son content de mirages.

 

… Et l’orage s’éloigne, tout cesse presque brutalement comme si, soudain, un chef d’orchestre divin avait élevé sa baguette pour l’abaisser vivement faisant s’immobiliser les musiciens dans des postures étranges. Le silence reprend ses droits, nous laissant presque pantelants, un peu hébétés ainsi que les rescapés d’une catastrophe.

 

Quelques minutes encore et ne restent plus alors que les empreintes adoucies de cette fureur dantesque. Le cœur reprend son rythme calme après avoir joué du tambour, les chiens retournent dans leur panier et s’endorment pesamment. La maison n’est plus ce navire prisonnier des éléments furieux mais ce refuge sûr au milieu des montagnes.

 

A nouveau nous pouvons distinguer à travers la brume qui s’élève de la vallée quelques fenêtres éclairées encore dans le bourg, comme un regard rassurant. Le toit pleure toujours mais plus d’un lourd chagrin et sur les vitres s’acheminent lentement les dernières larmes. Les arbres alourdis recommencent à frémir et s’ébrouent doucement sous le souffle léger d’un Eole revenu à plus de raison. Du Castilloux s’exhalent par instant des effluves d’herbe coupée et la senteur puissante, lourde et riche de la terre.

 

Et au cœur de la nuit, un vol discret ramène dans les frondaisons mon amie la chouette qui ne tarde pas à lancer ses ululements, appelant à l’envie un compagnon éphémère qui ne semblait attendre que cette invite tant il met d’empressement à apporter sa réponse.

 

Je peux aller dormir maintenant, ici au moins, la paix est sur le monde et je me sens en « rassurance ».

Par Occitalie - Communauté : A fleur de peau
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Samedi 16 mai 2009 6 16 /05 /Mai /2009 11:53



Quand la vie bascule, jamais elle ne choisit la pleine lumière. Elle attend tapie, traîtresse que l’âme se retrouve démunie, que l’être soit confronté à un face à face cruel entre lui et lui.

 

Et quelle meilleure heure que celle ou la nuit ne veut pas mourir encore et ou le jour hésite à revenir au monde ? Ces moments terribles si mal nommées les petites heures ont eu raison de toi, tu es parti… tu as choisi.

 

Dans ma mémoire les souvenirs se bousculent et les questionnements sont si douloureux. Tu avais vingt huit ans et depuis l’âge de deux ans, tu avais suivi notre chemin. Nous t’avons vu grandir, passer d’une enfance choyée à une adolescence remplie de forces vives, un peu rebelle, un peu déjantée mais si pleine de gentillesse aussi et d’amour qu’il fallait deviner toujours au travers de tes gestes, de tes regards. Nous t’avons côtoyé, aimé dans ton existence neuve d’homme… qui ne prendra plus la griffure du temps.

 

Tu étais vif, si plein d’énergie. Tu t’adonnais avec succès à de nombreux sports, partout on te remarquait pour tes qualités sur les terrains ou sur les murs à gauche.

 

Boute en train, tu aimais tes amis, la fête jusqu’au bout de la nuit, le rire qui éclate. La vie devait pétiller, ne jamais s’immobiliser, ne jamais se faire silence. Avais-tu peur déjà ? Est-ce une crainte irraisonnée du vide, de la routine qui t’a, au bout du compte, attiré dans les rets de l’alcool ? Tes rires sonnaient trop fort, trop haut, cachaient-ils déjà la désespérance, une souffrance intérieure que nul n’a su voir ?

 

Un jour vint et c’était déjà trop tard. Enferré dans le piège de la boisson d’oubli, tu n’as pu revenir en arrière, faire ce pas, cet unique pas qui t’aurait sauvé du gouffre. La dérive a pris des années, le mal s’est installé insidieusement mais sûrement. Tu ne savais pas dire ou peut-être ne le désirais-tu pas tant ta famille vivait de sombres moments. Petit à petit, pour tous, ta compagne, tes parents, tes sœurs et tes amis, tu es devenue une impuissance, quelqu’un que l’on ne pouvait plus aider tant l’épuisement avait gagné tous ceux qui t’aimaient et t’entouraient.

 

Je ne te jugerai jamais, je te comprends tellement, tant je suis ta compagne en autodestruction. Se détruire pour ne plus subir, pour ne plus vouloir. Se détruire pour oublier les barreaux, les ailes brisées, les mauvais choix. Se détruire car le silence, se détruire car la souffrance inexprimable.

 

En moi, aujourd’hui, se sont simplement imprimées des images qui font mal, celles des derniers instants ou, dans ce jour qui ne voulait pas encore naître, tu as été seul face à toi-même, errant de la chambre au salon et du salon à la chambre, la douleur physique taraudant ton corps et grignotant ton âme.

 

Je te vois ouvrant la porte d’entrée, fixant dans le jardin le cerisier qui semble t’appeler. Je te vois ignorer cet appel, reculer. Puis y répondre encore et revenir en arrière. Jusqu’à cette ultime seconde ou plus aucun retour n’a été possible, ou tu t’es dit « non, c’est fini ! » et ou tu as accompli ce geste, Le Geste.

 

Je voudrais tant ne plus penser, ne plus être confrontée, à cause de cette fichue empathie, à ces scènes qui me hantent si fort. Mais pour cela, il faudrait que je ne t’aie pas aimé, que je ne t’aime pas… et je t’aime !

 

Adieu Eric, tu as vécu comme une flamme et comme tu le désirais tu es parti ainsi. Et pareil à la brume légère, maintenant tu danses et virevoltes dans l’air et tu nous entoures de tes voiles légers… tu es libre et libéré.

 

 

 

 

Par Occitalie
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Samedi 4 avril 2009 6 04 /04 /Avr /2009 10:46



Le jour pointe à peine et je m'éveille doucement.


Qu'il fait donc bon sous la couette, le corps lové dans la chaleur, au repos, sans lourdeur et sans douleur. Entre sommeil et veille, je paresse, profitant autant que possible de ces instants de répit supplémentaire avant de retrouver l'horizontalité et les protestations de ce corps malade, de ces jambes qui me trahissent. Les yeux fermés, immobile, je jouis de ce moment qui m'offre tous les possibles.

J'évite de bouger, de m'étirer afin de ne pas attirer l'attention, toujours sur le qui-vive, de Shéba et Lluna couchés dans leur panier et à l'affût du moindre geste qui signifierait qu'enfin je daigne me plonger à nouveau dans le monde vivant... afin de leur prodiguer sans lésinerie les caresses auxquelles ils estiment avoir droit.

Cependant, leur instinct ne les trompe pas et, sans que j'ai remué ne serait-ce qu'un cil, ils savent déjà, les rusés compères, que je sors de ma torpeur. Estimant  que je ne me réveille pas assez vite à leur gré ils décident d'accélérer le tempo et les voilà qui s'approchent et soulèvent de leur museau humide et froid ma main doucement alanguie à découvert.. Et que je te tapote une fois, et que je te tapote deux fois... Ah, toujours pas de réaction ? Madame s'obstine à nous ignorer ? Qu'à cela ne tienne, passons au plan numéro un bis qui consiste à sauter allègrement sur le canapé et à venir "léchouiller" la moindre parcelle de peau qui dépasse de la couette : mes joues, mon nez, mon menton subissent une toilette en règle ! Entrant dans le jeu j'enfouis ma tête, mes bras sous l'abri précaire de la couverture pour fuir les assauts de mes petits combattants impatients. Ils ont tôt fait, rompus qu'ils sont à ce sport matinal, de me dépouiller de mes ultimes défenses.

Et la petite fête du bonjour commence alors : jappements, couinements, petits grognements... toute la gamme des aigus et des graves canins y passent, un véritable orchestre afin de mieux accompagner les mille et une petites caresses données et reçues. Voilà bien de quoi me mettre en joie pour tout le restant de la journée... cela et la pensée que j'ai pu enfin rejoindre Mes Montagnes merveilleuses pour une semaine de ressourcement et d'oubli.

Le rituel s'éternisant, force m'est de me lever, il n'y aura pas de grâce mais je succombe très volontiers à l'exigence du jour... chaque minute ici est précieuse et beau le temps qui passe sans projet à l'avance, juste l'envie du moment, la fantaisie de l'âme.

Quelque peu engourdie encore, j'enfile ma robe de chambre et mes pantoufles (il ne fait pas si chaud dans la maison en cette heure matinale), je passe ma main dans mes cheveux n'obtenant de ce geste machinal  que davantage d'épis rebelles, ce qui me prête à sourire et j'allume la radio, station tubes années 70/90. Je gagne la petite cuisine, évitant au passage le miroir  sans pitié et narquois qui côtoie la porte d'entrée et je  prépare un petit déjeuner frugal que je vais savourer sur le banc qui flanque la table, face à la fenêtre.


Il n'est guère confortable ce banc mais en vérité peu me chaut, de cette place qui est devenue mienne (et que tout un chacun me cède gentiment) je peux  contempler tout à loisir le pré devant la maison, le chemin de terre et de cailloux à la montée rude et le vieux muret aux pierres usées mais si fortes encore.


Je vois les hauts frênes aux frondaisons épaisses qui abritent les chouettes, la nuit. Je vois les sapins et les châtaigniers, le toit d'ardoise de la vieille grange de l'autre côté de la petite route et surtout, surtout... la Montagne !

En ces jeunes heures du matin je ne manquerais pour rien au monde la venue du soleil qui nous gâte outrageusement en ce superbe mois de septembre. En séducteur avisé, l'astre du jour allume lentement l'est de ses rayons rasants. Pâle en sa naissance, il force peu à peu ses nuances chaudes, se veut soudain peintre de talent pour dénuder langoureusement de leur obscurité les altières hauteurs.


De son pinceau délicat, il choisit d'abord sur sa palette millénaire, un camaïeu de bleu : bleu foncé moucheté de noir pour les cimes, bleu céruse teinté de blanc pour le ciel qui les étreint. Arrêt sur image... le temps s'immobilise pendant quelques infimes minutes, un peu de flou plane et l'air, la lumière se font diaphane. La pause est belle dans son irréalité intouchable, émouvante dans sa fragilité et emplie des secrets de l'univers ; une attente sans impatience, enrichissante et toute en douceur... une caresse légère de l'aile d'un papillon qui vous effleure, un duvet d'oiseau presque impalpable voletant au grè d'une brise ténue. Et sur tout cela le silence, nul son encore ne vient troubler cette heure exquise.


Puis lentement le bleu s'estompe. Le vieil artiste jamais fatigué mélange au bleu des touches de jaune, un peu... beaucoup afin de créer des verts : vert kaki pour les plus hauts sommets qu'il approfondit ici et là de diverses nuances de marron, vert foncé lorsque le regard plonge vers la vallée. Sur les heures de sa palette, il choisit enfin un peu de gris, un peu de noir afin de façonner les profondeurs que l'oeil ne peut que deviner. Et puis, ici et là, d'un trait léger, il ébauche de minces filets d'argent afin que l'on puisse suivre le cours des torrents qui dévalent à l'envie les escarpements abrupts.

Le tableau prend vie et mon âme est ravie qui jamais ne se lasse de cette renaissance !

Ce qui n'était en sa genèse qu'une masse confuse se transforme peu à peu en un paysage majestueux auquel il ne manque plus que le ciseau d'un sculpteur céleste qui creusera sans hâte, cisèlera afin de rendre le relief, les gorges sans fond, les vals lointains.

Lentement la munificence de la lumière atteint les arbres aux feuillages immobiles, les haies où les oiseaux s'éternisent et les pâturages vacants de leurs hôtes pour quelques minutes encore.


En une heure durant laquelle je me sens spectatrice privilégiée, la nuit cède le pas au jour dans le plus profond des recueillements. Puis, tout change. Un chef d'orchestre magicien lève sa baguette, s'immobilise durant d'infimes secondes et donne enfin le La libérateur. Et la vielle église du bourg lance ses cloches, impatientes de résonner du haut de leur ancestral clocher où quelques touffes d'herbes s'agrippent.


Des oiseaux s'égaillent soudain en entonnant à tue-tête leurs premières trilles, Ifrane et Ilex fiers chevaux du Couserans ne veulent pas être en reste et s'ébrouent en hennissant bruyamment près de la clôture. Le toit de la maison chasse la rosée généreuse qui chute en lourdes gouttes et une abeille vient et bourdonne et s'en va. Les moutons agitent à leur tour leurs sonnailles et le foin fraîchement coupé libère ses senteurs enivrantes dans l'air léger.

Au dessus de ma tête le vieux parquet prend vie aussi. Il craque-chante sous les pas de mon dormeur retardataire. Mon amour s'éveille enfin, les marches de l'escalier gémissent un peu et le voilà qui vient vers moi, mon seul, mon tout... mon ami, mon compagnon. Il m'embrasse doucement.

Symphonie de la Vie... Montagne mon nid de sérénité, Pyrénées mais tant chéries : bonjour et... merci !

Par Occitalie
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